Direction des Relations Extérieures du Front Démocratique: La Cisjordanie face au projet d’annexion: l’occupation et les colons au service d’un même projet

Sep 7, 2026

Lettre du Département des relations extérieures du (FDLP) aux organisations politiques et aux forces populaires internationales

La Cisjordanie face au projet d’annexion : l’occupation et les colons au service d’un même projet

Mesdames et Messieurs,

Au sein des partis politiques, des institutions et des cadres populaires internationaux,

Salutations et respect,

Nous vous adressons cette lettre afin d’attirer votre attention sur les pratiques de l’occupation israélienne en Cisjordanie, lesquelles ne se limitent plus à des violations ponctuelles et isolées, mais s’inscrivent désormais dans un agenda clair au service d’un objectif politique unique : l’annexion.

Depuis plusieurs mois, la Cisjordanie connaît une escalade rapide et dangereuse dans l’ampleur et la nature des violations auxquelles est soumis le peuple palestinien, dans un contexte marqué par l’extension des agressions et l’imbrication des rôles entre l’armée d’occupation israélienne, les appareils sécuritaires et les institutions de « l’État », d’une part, et les groupes de colons, d’autre part. Ces agressions n’apparaissent plus comme des événements isolés ou des dépassements individuels, mais s’inscrivent désormais dans un contexte politique, sécuritaire et colonial intégré, visant à imposer de nouvelles réalités sur le terrain et à remodeler l’environnement géographique et démographique de la Cisjordanie.

Ces pratiques comprennent les assassinats, les arrestations, les incursions et les perquisitions, la démolition de maisons et d’infrastructures, la confiscation des terres et des biens, la fermeture des routes et l’installation de barrages, les agressions contre les agriculteurs, l’arrachage des arbres et l’incendie des champs, ainsi que les attaques menées par des groupes de colons sous la protection de l’armée ou en sa présence. Dans certains cas, ces attaques vont jusqu’à l’incendie de maisons et de biens, aux agressions physiques, aux menaces contre les habitants et à la contrainte exercée sur eux pour les pousser à quitter leurs régions et leurs villages.

Ce qui rend cette situation encore plus grave est le fait que ces agressions s’accompagnent de mesures, de décisions et de législations émanant des institutions politiques, législatives, militaires et sécuritaires israéliennes, ce qui témoigne du passage d’une politique de gestion et de contrôle des territoires palestiniens à une tentative de remodeler durablement leur réalité. Le colon n’agit pas seul, et l’agression ne peut être dissociée d’un vaste réseau de protection militaire, de procédures administratives, de lois et de décisions qui créent les conditions nécessaires à l’expansion des colonies, à l’accaparement des terres et au déplacement de leurs habitants.

L’analyse des évolutions en Cisjordanie au cours des dernières années conduit à une conclusion fondamentale : la colonisation n’est plus une simple politique d’expansion urbaine coloniale, mais est devenue l’un des principaux instruments de mise en œuvre d’un projet politique visant à consacrer l’annexion sur le terrain, avant même son annonce officielle.

Dans cette perspective, l’annexion n’a pas nécessairement besoin, selon la logique de l’occupation, d’une seule déclaration juridique formelle. Elle peut être réalisée progressivement par le contrôle des terres, l’expansion des colonies et des avant-postes coloniaux, la transformation de vastes superficies en ce qui est appelé « terres d’État », l’imposition d’un réseau de routes, de barrages et de zones militaires, la restriction de la construction palestinienne, la démolition des infrastructures, la privation des Palestiniens de l’accès à leurs terres, puis la pression progressive exercée sur les habitants afin de les contraindre à quitter les zones ciblées.

Ainsi, l’occupation se transforme en un système intégré de redistribution des terres et des populations, permettant l’extension du contrôle israélien sur les territoires palestiniens tout en réduisant l’espace géographique et social accessible aux Palestiniens.

Dans ce contexte, l’expansion coloniale ne peut être dissociée de la politique de déplacement forcé. Lorsqu’un village palestinien est encerclé par des barrages et des avant-postes coloniaux, que ses habitants sont empêchés d’accéder à leurs terres, que les attaques contre leurs biens et leurs champs se répètent et que leurs maisons sont menacées de démolition, le résultat concret est de pousser les habitants à partir, même lorsqu’aucune décision officielle explicite de les expulser n’a été prise. C’est là que réside la gravité de ce qui se déroule : le déplacement peut passer d’une décision officiellement proclamée à la conséquence délibérément recherchée d’une accumulation de mesures et de politiques.

Par ailleurs, l’escalade des crimes commis par les colons constitue l’un des éléments les plus importants de ce processus. Les colons n’agissent pas indépendamment des institutions de l’occupation ; dans de nombreux cas, leurs attaques se déroulent dans un environnement qui leur assure une protection politique, sécuritaire et militaire, tandis que des niveaux élevés d’impunité persistent.

Cette situation est particulièrement dangereuse dans la mesure où elle remplit une fonction politique et géographique qui dépasse la simple agression contre des individus ou des biens. Lorsque les communautés palestiniennes sont régulièrement soumises à des attaques, la violence devient un moyen de vider la terre de ses habitants, de les contraindre à abandonner leurs sources de subsistance et leurs terres, et d’ouvrir la voie aux colons pour s’en emparer.

Le colon devient ainsi un instrument sur le terrain permettant de réaliser ce que l’institution officielle ne peut accomplir directement, tandis que les institutions de l’État assurent la couverture juridique, sécuritaire et politique de ce processus. Dès lors, établir une distinction entre les « crimes des colons » et la « politique de l’État » devient trompeur lorsque existent une protection, un armement, des facilités ou des décisions permettant la poursuite de ces agressions sans véritable responsabilisation.

Face à cette réalité dangereuse, il n’est plus acceptable que la position internationale se limite à des déclarations de préoccupation et de condamnation. Il est désormais nécessaire de passer à des mesures concrètes et efficaces garantissant la responsabilité des auteurs de violations, l’imposition de mesures dissuasives à l’encontre des colons et des parties impliquées dans la colonisation, la violence et le déplacement forcé, ainsi que la cessation de toute reconnaissance ou normalisation des colonies comme un fait accompli.

Il convient également de poursuivre le soutien aux mécanismes internationaux d’enquête et de reddition de comptes, afin de mettre un terme à la politique d’impunité et de protéger les droits du peuple palestinien conformément au droit international.

Partant de cette réalité, et au nom du « Département des relations extérieures du Front démocratique pour la libération de la Palestine », nous appelons les forces politiques, les partis et les organisations populaires à travers le monde à accorder à cette question toute l’attention qu’elle mérite, en tant que partie intégrante du projet sioniste visant à liquider la cause palestinienne par l’imposition de faits accomplis par la force et par la pratique du déplacement et du nettoyage ethnique silencieux.

Cette situation accroît la responsabilité des forces progressistes et des peuples libres du monde dans la défense du droit international, la confrontation aux politiques d’occupation et de colonisation, ainsi que dans le renforcement de la solidarité avec le peuple palestinien et sa juste cause nationale, sous toutes ses dimensions.